Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 23:30

c'est drôle, je lui dis, tu parles de ta solitude, de ton désespoir, tu as cette posture désenchantée de celui qui n'en a rien à foutre de rien et qui sombre doucement avec l'alcool...et puis, quand j'en suis vraiment là, que je passe mes soirées accrochée au comptoir, à boire, à rire, à danser, à brailler des chansons anars, à coucher avec des inconnus et que je lâche tout le reste, tu m'en veux...

on peut pas vivre comme ça, il dit, je ne veux plus te fréquenter si tu en es là...

ahah !

parfois, je me dis qu'il faudrait que je me reprenne, que je vais finir par perdre mon boulot, puis mon toit, si je continue sur ce chemin...

d'autres fois, de plus en plus souvent, je me dis que je m'en fous, que c'est n'importe quoi, mais qu'au moins c'est drôle... que j'aime bien cette vie de comptoir ou tu connais tout le monde, et où tu passes ton temps à raconter des conneries... et toutes ces solitudes qui se frottent à la mienne, au fond, ça tient chaud... des fanfaronnades, mais pas de faux-semblants... on sait bien ici que personne n'est irremplaçable, et qu'on est tous là pour pas se retrouver seuls devant les nouilles du soir...

j'avais détesté ce mec, un soir, qui d'un air condescendant avait refusé de parler à une fille parce qu'elle avait trop bu... mais qui me parlait à moi, parce que je suis toujours capable d'aligner plus de trois mots, et que ce que j'ingurgite ne se voit pas encore trop sur ma gueule... j'avais détesté qu'il m'englobe dans sa supposée supériorité... va jouer dans le mixer, connard ! si tu traînes dans des bars de pochtrons, attends-toi à en rencontrer... et ne les méprise pas, je te prie... ici, au moins, on te parle, pas sûr qu'il y ait beaucoup d'autres endroits où quiconque puisse supporter ta conversation d'un inintérêt sidéral...

de temps en temps, j'ai quand même un sursaut...

je prête encore l'oreille à ceux qui me disent "tu sais que tu es parfois incohérente, quand tu parles ? que tu n'as plus vraiment la notion du temps ? qu'on dirait que tu ne sais pas trop où tu es ?" ou bien "parfois, je m'inquiète... je pense à cette attirance que tu as pour les garçons bizarres, les mythomanes, les marginaux, les alcooliques... je me demande d'où ça peut venir..."

et quand il me dit "on est vivants ! vivants !" je réponds toujours à celui qui me tient la main "pas sûr, tu sais... on ne dit jamais ivre vivant : on dit ivre mort "

ivre

mort

 

- et alors ? -

 

 

 

Par la fille - Communauté : Blabla de fille
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 18:00

- je bande, il dit, à peine la porte refermée

c'est son antienne, dès qu'on se retrouve tous les deux :

- je bande

je suis passée chez lui après le concert parce que j'avais plus rien à lire

- je bande, il dit

pas complètement innocemment, mais je suis passée chez lui pour emprunter des livres

un lamalattie, un vieux jauffret...

- je bande

j'abandonne la bibliothèque

- ok, je réponds en tendant la main vers la bouteille, mais je me sers un verre d'abord

- merde, il explose, je vais pas t'attendre jusqu'à 2h du mat' !

- merci pour les livres, je dis en reposant la bouteille, c'est vrai qu'il est tard, je vais te laisser dormir

et merci pour ta délicatesse, je ne dis pas

- pourquoi tu te vexes ? il demande, interloqué

- tu sais, on peut encore se rendre service mutuellement en baisant ensemble... mais on peut aussi être un peu humains... m'enfin, si c'est vraiment comme ça que ça doit se passer, allons-y, je dis en baissant mon pantalon et ma culotte, soyons efficaces, pas besoin d'en enlever plus...

là, c'est lui qui recule

alors je me rajuste en ricanant

- tu ferais mieux de t'arranger pour coucher avec ton amoureuse, j'ajoute

- c'est pas si simple, il dit, c'était bien quand j'étais avec vous deux, j'y trouvais mon équilibre, c'était chouette...

- oui, je sais... elle pour l'amour, moi pour le sexe - mais sans l'assumer, je résume

- et si moi je trouvais mon équilibre en partageant avec un autre, j'avais droit aux insultes et aux coups, je ne dis pas

parce que je m'en fous, maintenant :

le passé a été, il n'est plus

tant mieux.

Par la fille - Communauté : Blabla de fille
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 00:50

il dit "j'ai beaucoup pour toi"

il dit "mes mains t'aiment, mais pas autant que moi"

il dit "tu m'embarques, tu me fais voyager"

il dit "on est ensemble... enfin, en tout cas, moi, je suis avec toi"

et ça parait si simple, si direct, que je le crois

il dit "tu m'attendras si je pars pour une mission de trois semaines dans le sud ?"

je dis "je ne sais pas"

je dis "je ne suis pas du genre fidèle"

je dis "tu me plais, et oui, j'ai envie de t'attendre... mais j'ai perdu mes illusions, y compris sur moi-même... surtout sur moi-même, peut-être"

je dis " je ne vais pas te mentir pour te plaire"

je dis "malgré la tristesse que ça me causerait, je préférerais que tu me quittes à cause de ce que je suis, plutôt que tu restes pour une illusion à laquelle je t'aurais fait croire et qui ne serait pas moi"

il me prend la main, me regarde dans les yeux, me sourit...

et j'ai des papillons dans le ventre, des étoiles plein les mirettes et des frissons partout

tout est simple

je suis à ma place

juste bien.

et j'ai envie d'essayer, vraiment. d'y croire.

 

évidemment, ce n'est pas si simple

si histoire il y a, et si on veut qu'elle dure, il va falloir se battre pour ça

les chiens perdus sans collier ne sont pas les plus faciles à aimer

 

je n'y croyais plus, plus jamais plus jamais

mais je l'ai rencontré

et voilà :

je peux encore être totalement bouleversée par un homme

et rien que ça, juste ça, ça tient du merveilleux.

 

 

 

Par la fille - Communauté : Blabla de fille
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 23:43

comme d'habitude, il est très en retard

ça ne fait pas si longtemps que je viens, mais je connais déjà les habitués... ou plutôt, pour la plupart, les habituées, avec qui je partage la salle d'attente chaque semaine...

bordel, il fait la bise à ceux qui partent... en leur souhaitant une bonne année...

bordel, quelle connerie... pourquoi les choses se passeraient mieux sous prétexte de calendrier ?

j'espère qu'il ne va pas m'imposer ça...

je supporte pas ces putains de voeux, et j'ai plus ou moins réussi à les éviter jusque là, c'est pas pour que ça m'arrive ici...

mais à part ça, tout va bien...

puis, je rentre enfin dans son cabinet, et je me mets à pleurer...

je lui ai tout dit, déjà...

le foulard, la corde que j'ai piquée au boulot et que j'avais emportée en bretagne, au cas où... la vie qui n'est qu'ennui et solitude...la corde qui reste dans mon placard, pour plus tard, peut-être...

il dit, mais non, tu n'es pas trop vieille, tout peut changer, à n'importe quel moment, c'est juste le hasard des rencontres, et puis cette dépression chronique qui te bouffe et qui t'empêche d'être toi depuis si longtemps... puis, tu voudrais tout, tout de suite... les relations, ça se construit sur le long terme, pas en cinq minutes... tu es "différente", certes, mais tu peux encore tout construire... agir pour aller mieux, et pas attendre d'aller mieux pour agir...

ce con me tutoie... le jour où ça lui a pris, au bout de deux ou trois fois, je lui en ai fait la remarque, et que j'aimais pas forcément ça... il a répondu "oué, mais tu as quel âge ? 14 ans ? 15 ans max ?"  oué, genre, je suis coincée quelque part dans ma construction affective, c'est ça ? en fin de séance, il était repassé au vouvoiement, en m'en faisant la remarque, je devais avoir tenu un propos d'adulte.... mais depuis, il me tutoie... alors, je le tutoie aussi, sans oser vraiment le regarder, de toute façon, je regarde jamais mes psys, c'est pas des vraies personnes, après tout, juste des fonctions...

je réagis même plus sur le "différente", je viens quand même de réclamer une hospitalisation qu'il est plutôt prêt à m'accorder... et que finalement, je garde pour plus tard, en sachant qu'il me reste cette possibilité... d'échapper au quotidien écrasant...

je réponds juste, sans le regarder, tu peux dire ce que tu veux, je m'en fous... je m'en fous de pas être trop vieille et que les choses puissent encore arriver, j'en ai juste marre... c'est tellement long, la vie, c'est tellement d'ennui... rester des jours et des jours sans un regard, sans parler à personne... j'en suis plus à la corde, certes, et tout va bien, en fait, il n'y a qu'ici que je pleure, et je comprends pas pourquoi, mais bordel, c'est long... puis, c'est bien gentil, cette histoire de je veux tout tout de suite, mais avec une solitude pareille, comment tu veux ne pas être en attente ? d'ailleurs, les gens le sentent, et ça les fait fuir, et c'est bien normal... je pense à cette pub, des années 90, peut-être, où on voit une vieille femme commencer sa journée, elle va acheter une baguette de pain, et c'est là la fin de sa journée, de sa journée sociale s'entend... ben moi, c'est pareil, sauf que j'ai pas 80 balais, que je mange pas de pain, puisque je mange plus rien, et que l'avenir est plus long... tellement long...

il dit, c'est pas forcé que ça fasse fuir les gens...

je dis, oué, c'est sûr, je fais pas fuir tout le monde... je viens de jeter un mec par sms, là, pendant que j'étais dans la salle d'attente, un mec aussi seul que moi, c'est sûr, ça le fait pas fuir... mais je sais bien que je rencontrerai toujours que des paumés comme moi...

je pars en pleurant, en répétant je comprends pas pourquoi je pleure ici, je pleure jamais sinon, ça va plutôt bien, en fait...

il me salue sans m'embrasser, sans m'offrir ses voeux, et à l'intérieur, je lui en suis reconnaissante... ptêt qu'il est pas si con, finalement... que le tutoiement, l'absence de voeux, tout ça, c'est une façon d'entrer dans mon monde... de gagner ma confiance, en quelque sorte... en même temps, c'est son rôle...

puis la confiance, c'est un truc que j'ai perdu

aussi.

 

 

 

 

 

 

 

Par la fille - Communauté : Blabla de fille
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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 18:29

comment a-t-on pu passer d'une telle intimité à cette indifférence mutuelle absolue ?

du presque trop au quasi rien ?

 

il faudrait que je relise l'histoire, maintenant que j'ai quelques clés pour la comprendre

mais c'est simple, au fond

il n'y a rien à comprendre :

tu mens.

depuis toujours.

et cette intimité qui comptait tant pour moi,

cette intimité que, bizarrement, tu me reprochais parfois de malmener,

cette intimité n'était qu'un leurre.

une construction de mon esprit

jamais partagée.

 

je te montrais tout.

tu me cachais tout.

comment aurait-on pu être intimes quand tu n'as jamais dévoilé de toi qu'un personnage inventé ?

 

illusion et boniments.

 

celui qui me manque n'a jamais existé.

 

tant pis.

 

 

Par la fille - Communauté : Blabla de fille
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